
Christine GIRE
Ma chère Fanfan
Tu vois la maisonnette sur la carte que je t'envoie,
C'est là que j'ai accompagné mémère
Pour qu'elle s'y soigne intestin et artères.
Et tu sais pas la meilleure ?
Elle s'y plaît bougrement bien dans la demeure,
La bougresse ne veut plus partit ma foi !
Je vais finir par mourir d'ennui, c'est d'un mortel ici
Jamais un bateau, un badaud, rien de rien je te dis,
Mais mémère s'est prise d'affection pour le cours d'eau,
Lui parle comme à une plante, à croire qu'elle devient marteau !
La nuit c'est pire ! Mémère ronfle à n'en plus finir,
Je vais devoir utiliser son appareil à dormir,
Toute cette eau, cet incessant bruissement
Et pas un seul feulement, ça me tape sur le système sérieusement.
Mémère pète la forme, disparues les flatulences sapides,
Légère comme une plume, s'élançant l'oeil limpide,
V'là ti pas qu'elle se prend pour une poétesse,
Panards dans l'eau, parchemin à la main
A retracer l'histoire de ce cours d'eau chaque matin,
De vaguelettes et de fil d'eau, elle fait des prouesses
Toute guillerette dansant
Les cheveux blancs dans le vent.
Je crois que je suis en train de tomber malade,
Pendant que son état s'améliore le mien se dégrade.
Intestin, artères, tout y passe et j'en passe...
Et si se rapprochait l'heure à laquelle je trépasse ?
Pas plus tard qu'hier une bien drôle m'est arrivé,
j'ai réussi sur l'eau à marcher sans m'enfoncer,
Pourtant la veille c'est certain, je n'avais pas pied.
Vivement la fin de ce voyage d'un genre particulier !
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Laurent BANCHEREAU
ENFER DE ROBINET
Au fil de l'eau, il se défila, goutte à goutte.
Rouillé par l'inaction, noyé sous la pression,
Il ne jouissait plus du joint qui étanche le doute
Et laissait perler quelques larmes à l'occasion
Un cri dans la nuit précipita la fuite.
Le siphon couvrit la rumeur et l'engloutit.
Un torrent d'argile rouge prit la suite
La terre s'éclaircit, l'eau claire se tarit.
Le silence soudain satura l'espace
Absorbant d'abord les éclats du désir
Car les frasques du passé hantaient la place
Puis éteint le souffle lointain du souvenir
Il lutta, courbé, jaloux du temps qui coule
Gorge sèche, maints et vains hoquets
Espéra une nouvelle lueur dans l'ampoule
D'une pièce d'eau déserte, enfer de robinet.
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Bernard STIMBRE
AU FIL DE L'EAU
Connais-tu l'eau,
Qui tisse dans les prés, les montagnes et les champs,
La toile de ses réseaux argentés et chantants,
Toute l'ubiquité folle de ses zagzigs,
Et le mystère des aigues qui inventent les igues ?
Connais-tu les eaux
Perdues des mères, celles perdant marins en mer
Et les eaux démoniaques des vapeurs de geyser,
L'eau belle d'amoureuse liquidant son plaisir,
L'eau pressée du torrent ? Ailleurs est son désir.
Connais-tu l'eau
De source qui fait le lit où rêve la rivière,
Afflue, se forge fleuve pour enfler les estuaires,
Gifle le mascaret pour engrosser la mer
Et noyer son ego au marin cimetière ?
Connais-tu l'eau
Qui, glacée d'effroi par des hivers bien froids,
Festonne, au râtelier des bordures des toits,
Ses poignards acérés et ses épées d'argent,
Maquille arbres, mares et prés, de candi blanc ?
J'ai goûté l'eau... salée
Du canal lacrymal qui arrosa ma trogne
Et pleura mon enfance au canal de Bourgogne
Où les flûtes allaient au pas lent des chevaux
Comme au long des canaux de Berry ou d'Escaut.
Sais-tu
Qu'au fil des jours, gouttes de temps, en fils de lin,
Au fil de l'eau, les Parques sur les rouets des moulins,
Filent le sort des hommes, attablés au festin
De la vie, trame la chaîne de leurs destins ?
Au fil de l'eau,
Die Lorelei, se mire dans le bleu du Rhin beau,
Aguiche le chaland, peigne d'or et reins beaux,
Lors Iris enlumine des couleurs d'un rainbow,
L'eau, E, A, U, Ô des voyelles de Rimbaud.
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